Des femmes « debout », dispositif d’accompagnement et de professionnalisation des vendeuses

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Le constat : un microcrédit n’est réellement utile que s’il est accompagné d’une formation basique en gestion et d’un suivi personnalisé attentif.


En 2013, après 4 années d’activité, notre expérience a confirmé les difficultés récurrentes qui se rencontrent dans la distribution de microcrédits, de fait, de mieux en mieux repérées par les acteurs de la microfinance. Nous avons compris que, dans la grande majorité des cas, les femmes bénéficiaires de nos microcrédits faisaient des “coups”, empruntaient pour acheter un lot de marchandises qu’elles revendaient rapidement, ce qui leur apportait de la trésorerie. Malheureusement elles ne réinvestissaient pas une part suffisante de l’argent pour maintenir leur activité, et ce par manque de compétences en gestion commerciale. Comme le souligne E. Duflo “nombre de femmes deviennent entrepreneuses faute de mieux”[1], et elles ne sont pas du tout formées pour ce travail qui exige des compétences spécifiques.

Un dispositif construit sur l’expérience 

Sur le terrain, notre équipe locale s’est mobilisée pour rencontrer à nouveau les femmes qui avaient fait défaut, afin de mieux comprendre ce qui fabriquait ces échecs. Il s’agissait de renouer le contact en leur rendant visite, pour avoir avec chacune d’entre elles un entretien informel afin de faire émerger les raisons ayant générées leurs difficultés ou défections de paiement. Noter équipe a été très bien reçue. Ces rencontres ont confirmé que les difficultés que rencontrent les vendeuses sont nombreuses : problème familial ou de santé ; problèmes sociaux et politiques ; concurrence acharnée au cœur de l’économie informelle de Brazzaville ; et surtout une mauvaise gestion par totale ignorance des règles de base. Voilà qui confortait notre hypothèse : le microcrédit n’est réellement utile que s’il est accompagné d’une formation basique en gestion – et notamment la gestion du stock – et d’un suivi personnalisé attentif.

Nous avons donc réorienté notre action vers la formation, le suivi personnalisé afin de les conduire sur la voie de la professionnalisation.

Le public

Le dispositif nécessitait un lieu de formation dédié et une équipe multilingue et disponible C’est ce que nous avons construit. A ce jour (novembre 2017), nous avons formé 62 femmes et 12 sont en cours de formation.

Ce sont des femmes démunies, généralement en grande difficulté économique qui arrivent dans les formations. Elles essaient de faire vivre de petites activités commerciales ou artisanales (coiffure, restauration de rue). Elles sont dans la plupart des cas, chefs de famille et ont des enfants. Elles ont de18 à 45 ans. Pour la plupart, elles travaillent autour du marché de Bacongo (situé au sud de Brazzaville), le plus grand marché de la ville. Les bénéficiaires potentielles sont repérées sur le marché par des membres de l’équipe, ou adressées à La Maison des Femmes par des anciennes bénéficiaires ou prennent contact avec l’association en venant directement se présenter à la Maison des Femmes qui est ouverte tous les jours pour les accueillir.

Le dispositif « des femmes debout », a été créé et est financé et géré par l’association Femmes d’Afrique, Femmes d’Avenir.

L’organisation

– Ce dispositif s’étale sur 6 mois de formation au rythme d’un 1/2 journée par semaine (lundi après-midi, jour calme du marché).
– Il propose un microcrédit de 50 000 Fcfa (75 €) remboursable sur 6 mois.
– Notre équipe suit chaque bénéficiaire dans sa pratique professionnelle en se déplaçant directement sur le marché, en général deux fois par mois pour chaque femme (le jeudi).

Les contenus

Sur le plan technique, le dispositif vise à donner aux bénéficiaires des notions de base qui permettent une meilleure gestion du stock, un suivi plus précis des entrées et des sorties financières, pour une meilleure appréciation de la situation économique de l’activité.

La communauté FAFA, au coeur de la Maison des femmes

Mais le dispositif veut aller beaucoup plus loin en permettant à chacune d’entre elles de reprendre confiance en elle. Pour cela, les discussions autour de l’expérience sont privilégiées, les échecs tranquillement abordés et analysés. Le travail en commun se fait à base de cas concrets et réalistes. Cette formation est dispensée en français avec une traduction dans les langues parlées à Brazzaville. Ainsi toutes les femmes peuvent à la fois suivre et intervenir.
En multipliant les interactions, nous voulons construire une petite communauté de femmes « debout » comme on le dit si joliment à Brazzaville, des femmes convaincues qu’il faut se former, apprendre, travailler sur son expérience, bref se professionnaliser pour avancer, afin qu’elles portent ce message sur le marché.  Ce qu’elles font avec enthousiasme.

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