Enquête sur les mobilités des femmes dans le marché Total, à Bacongo

Le marché TOTAL est le plus grand marché de Brazzaville, situé dans le quartier de Bacongo. Une étude faite dans les années 2010 à la demande du gouvernement a estimé à environ 10000, le nombre de vendeuses et vendeurs sur ce marché.
Ce marché, vétuste et mal organisé, a fait l’objet de projets de réhabilitation/rénovation, à l’origine programmés en deux phases : une phase pour le marché Total A (un peu plus de 2000 places) avec un rez-de-chaussée et un étage, phase réalisée entre 2013 et 2015, et un marché Total B qui devrait proposer plus de 8000 places, et était attendu pour 2017.
Le marché Total A a été inauguré en 2015, mais les fondations du marché Total B n’ont malheureusement toujours pas commencé. En revanche, les anciennes installations ont été détruites, ce qui a laissé dans les rues – au sens strict – des centaines, voire des milliers de vendeuses.

Sur l’emplacement de l’ancien marché.

Elles se sont éparpillées comme elles ont pu dans ce qui est devenu un terrain vague et sur toutes les avenues qui bordent le marché.

Les vendeuses ont eu de nombreux problèmes avec la police des marchés et la police tout court quand elles occupaient des espaces publics comme les trottoirs, voire la rue elle-même.

En 2023, la situation s’est brutalement tendue, car à l’approche d’une visite officielle, ordre a été donné de libérer la grande avenue qui traverse Bacongo, afin de pouvoir la goudronner et la doter de vrais trottoirs. Toutes les vendeuses – et vendeurs – ont été priés de « déguerpir » au plus vite. On a d’ailleurs parler de déguerpissement ! Et si il a été vendu aux vendeuses que ce « déguerpissement » était provisoire, en fait il n’en a rien été et personne n’a le droit de se réinstaller dans les avenues et rues « commerçantes ». Une chasse plus ou moins violente a commencé, et jusqu’à présent, la situation reste plus que précaire.

Une ingénierie des mobilités des femmes

C’est dans ce contexte que le gouvernement a demandé à l’AFD (Agence française de développement) d’étudier un projet pour améliorer la mobilité des femmes sur le marché Total à Bacongo, et sur celui de Makelele. Cette demande a été sous-traitée pour son ingénierie à Suez, et c’est ainsi que Valentine Jardot, ingénieure spécialiste des mobilités, a été chargée de l’enquête, de la préconception et des préconisations.

C’est dans ce cadre qu’elle a pris contact avec nous avec la demande de rencontrer l’équipe de Brazzaville. Plusieurs rencontres lui ont permis de comprendre effectivement les difficultés très lourdes que supportent les vendeuses utilisatrices de ce marché.

Si nous devons avouer que nous étions sceptiques quant à la validité d’une telle étude au vu du contexte anomique qui règne sur le marché, nous avons été – et les femmes de FAFA aussi – convaincues par la volonté obstinée de Madame Jardot de rencontrer et de travailler avec le terrain.


Après avoir arpenté le marché avec Jos et Françoise, la directrice des Maisons des femmes, elle a rencontré des vendeuses, et a discuté avec elles pour approcher la réalité du terrain. Elle leur a proposé de travailler avec une carte pour repérer les endroits particulièrement difficiles. A la suite de quoi, elle leur a expliqué ce qu’elle souhaitait proposer, et notamment l’amélioration des entrées et des sorties, la mise en place d’un éclairage, de mobilier urbain et d’un espace pour les enfants. Pour ces deux dernières propositions, plusieurs options étaient possibles et il y a une discussion avec les futures utilisatrices.

Ce projet débute. Espérons qu’il ira jusqu’à son terme.
Une chose est certaine : il s’est construit autour d’une rencontre sympathique et riche pour les femmes de FAFA, qui ont découvert leur espace de travail différemment à travers cette réflexion sur leurs besoins de mobilités, l’utilisation d’une carte vue du ciel, et ont pu mettre des mots sur des préoccupations quotidiennes et épuisantes, et tout cela parce que Valentine Jardot est une formidable professionnelle pragmatique qui sait travailler avec et pour le terrain.

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