Témoignage de Judicaël – novembre 2025

Témoignage novembre 2025 – Judicaël revient sur ses débuts
Propos recueillis par Clare Zimoueni.

Je suis maman Judicaël née en 1979 à Brazzaville, mère de 3 enfants une fille et deux garçons. Je vis en concubinage avec Mr L. depuis 1995.  
J’ai commencé mon activité en 2010 après mon licenciement de la chambre froide où j’étais caissière
j’ai commencé avec une somme de 30000 F (45€), je vendais des sucreries dans un coin de rue, j’ai pu avoir un bénéfice suite et une épargne de 2000f par jour
en 2012 je tombe malade et arrête mon activité, c’était pas facile pour de m’en sortir avec mes enfants
c’est comme ça qu’en 2019 j’ai été invitée par maman Clare à une animation à Bacongo organisée par FAFA où papa Chérubin et Mr Gaëtan étaient les animateurs, ils ont parlé de beaucoup de choses comme la bonne gestion et la diversité des marchandises
intéressée j’ai donc suivi une formation dans ses domaines et après trois mois j’ai été crédité (FAFA lui a remis les 50000 F) ce qui m’a permis de bien structurer mon commerce et de reprendre mes activités

Aujourd’hui j’ai une petite boutique d’alimentation où je vend des produits diversifiés
j’ai ajouté à mon activité des produits comme les tomates gombo, le poisson salé que j’achète dans les villages et que revends ici
je vais aussi acheter le foufou le maïs dans les villes comme Djambala, Dolisie

Je m’en sors assez bien et je viens clamer ma gratitude vis a vis de l’ONG Fafa
Aujourd’hui je ne suis plus la Judicaël qui vendait dans un coin de rue mais je suis devenue une grande femme d’affaires grâce à FAFA
Je dirais que je suis le produit de FAFA car FAFA m’a supporté, m’a appris ce que je fais et m’a posée dans la vie commerciale
Je suis maintenant une grossiste de foufou charbon poisson salé légumes et tout ce qui va avec.
merci beaucoup

plaquetetfemmesAujourd’hui, plus de 10 ans après sa mise en place en 2014, 388 femmes en ont bénéficié. Et nous savons que ce dispositif fonctionne bien, et les femmes viennent témoigner de leur expérience. 


Retour sur les raisons et la mise en œuvre du dispositif de professionnalisation



En 2013, après 4 années d’activité, notre expérience confirmait les difficultés récurrentes qu’on rencontre dans la distribution de microcrédits et qui étaient de mieux en mieux analysées par les acteurs. Dans la grande majorité des cas, les femmes bénéficiaires de nos microcrédits faisaient des “coups”, empruntaient pour acheter un lot de marchandises qu’elles revendaient rapidement, ce qui leur apportait de la trésorerie. Malheureusement elles ne réinvestissaient pas une part suffisante de l’argent pour maintenir leur activité, et ce par manque de compétences en gestion commerciale. Comme le soulignait E. Duflo “nombre de femmes deviennent entrepreneuses faute de mieux”[1], et elles ne sont pas du tout formées pour ce travail qui exige des compétences spécifiques. »

Un dispositif construit sur l’expérience 

Dans un article de 2017, nous expliquions comment sur le terrain, notre équipe locale s’était mobilisée pour rencontrer les femmes qui avaient fait défaut, afin de mieux comprendre ce qui fabriquait ces échecs. Il s’agissait de renouer le contact en leur rendant visite, pour avoir avec chacune d’entre elles un entretien informel afin de faire émerger les raisons ayant générées leurs difficultés ou défections de paiement. Noter équipe a été très bien reçue. Ces rencontres ont confirmé que les difficultés que rencontrent les vendeuses sont nombreuses : problème familial ou de santé ; problèmes sociaux et politiques ; concurrence acharnée au cœur de l’économie informelle de Brazzaville ; et surtout une mauvaise gestion par totale ignorance des règles de base. Voilà qui confortait notre hypothèse : le microcrédit n’est réellement utile que s’il est accompagné d’une formation basique en gestion – et notamment la gestion du stock – et d’un suivi personnalisé attentif.
Nous avons donc réorienté notre action vers la formation, le suivi personnalisé afin de les conduire sur la voie de la professionnalisation. »

Les contenus

Sur le plan technique, le dispositif vise à donner aux bénéficiaires des notions de base qui permettent une meilleure gestion du stock, un suivi plus précis des entrées et des sorties financières, pour une meilleure appréciation de la situation économique de l’activité.

2025 : de nouvelles études de cas ont été créés, notamment pour renforcer la réflexion sur les pratiques de diversification des activités. La situation économique étant à la fois versatile et difficile, il est recommandé aux femmes de diversifier leur activité.

Le public

Ce sont des femmes démunies, généralement en grande difficulté économique, qui arrivent dans les formations. Elles essaient de faire vivre de petites activités commerciales ou artisanales (coiffure, restauration de rue). Elles sont dans la plupart des cas, chefs de famille et ont des enfants. Elles ont de18 à 45 ans. Pour la plupart, elles travaillent autour du marché de Bacongo (situé au sud de Brazzaville), le plus grand marché de la ville. Les bénéficiaires potentielles sont repérées sur le marché par des membres de l’équipe, ou adressées à La Maison des Femmes par des anciennes bénéficiaires ou prennent contact avec l’association en venant directement se présenter à la Maison des Femmes qui est ouverte tous les jours pour les accueillir.

2025 – notre public n’a pas changé mais aujourd’hui nous sommes implantés aussi sur le marché de Madibou, nouveau quartier en plein développement.

L’organisation du dispositif de professionnalisation

  • La formation sur 6 mois au rythme d’un 1/2 journée par semaine, le lundi
    Le dispositif n’a pas vraiment changé, les femmes viennent toujours le lundi. Parfois à Madibou, Clare, la responsable de la communauté, propose des formations à 3 ou 4 femmes plusieurs fois par semaine pour aider celles qui ont un peu de mal à suivre.
  • L’aide financière : 50 000 Fcfa (75 €) remboursable sur 6 mois.
  • Le suivi : chaque bénéficiaire est suivie dans sa pratique professionnelle par notre équipe qui se déplace directement sur le marché ou le lieu d’activité (carrefour, perron de la maison..), en général deux fois par mois pour chaque femme (le jeudi).
    Au fil du temps, le suivi des femmes sur le lieu de travail s’est intensifié, notamment pour les femmes qui se trouvent en grande difficulté. Et il n’est pas rare que Françoise (notre directrice depuis le départ) ou Clare se déplace en début de formation pour soutenir une femme dans une situation particulièrement précaire. 

Mais le dispositif veut aller beaucoup plus loin en permettant à chacune d’entre elles de reprendre confiance en elle. Pour cela, les discussions autour de l’expérience sont privilégiées, les échecs tranquillement abordés et analysés. Le travail en commun se fait sur la base de cas concrets et réalistes. Cette formation est dispensée en français avec une traduction dans les 4 langues parlées à Brazzaville. Ainsi toutes les femmes peuvent à la fois suivre et intervenir.
En multipliant les interactions, nous voulons construire une petite communauté de femmes « debout » comme on le dit si joliment à Brazzaville, des femmes convaincues qu’il faut se former, apprendre, travailler sur son expérience, bref se professionnaliser pour avancer, afin qu’elles portent ce message sur le marché. 

2025 – la communauté FAFA, des femmes « debout »

Aujourd’hui, nous pouvons écrire que le travail de l’équipe de Brazzaville a permis de créer la communauté FAFA, avec deux groupes, celui de Bacongo et celui de Madibou, communauté qui se solidifie d’année en année.
En 2025, pour une vendeuse des marchés, faire partie de FAFA, c’est à la fois affirmer sa volonté d’indépendance économique, et en même temps être assurée de ne plus être seule face aux difficultés de la vie professionnelle et aussi des institutions (mairies, police…).
L’existence joyeuse et engagée de ces deux communautés est sans contexte la plus belle des réussites.

Le dispositif « des femmes debout », a été créé et est financé et géré par l’association française Femmes d’Afrique, Femmes d’Avenir.

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