15 Juin 2016 – Qui passe à la Maison des femmes ?

Depuis quelques semaines, nous avons demandé à l’équipe de nous raconter la vie à la Maison des femmes de Bacongo.  La nouvelle session de formation de 6 mois ne commence que début juillet, mais la vie n’en est pas moins redevenue très active à la Maison des femmes.

La Maison des femmes est ouverte tous les jours de la semaine du lundi au vendredi à partir de 9h30, et jusqu’à 17h, les visites ont lieu le plus souvent entre 11 et 15h.

Les demandes sont de toutes sortes, et en voici quelques exemples, tirés du journal de la Maison de la semaine dernière.

Jérémie a entendu parler de FAFA par Cécile, la jeune coiffeuse qui a vu son affaire se développer depuis qu’elle a suivi la formation. Mais il est très déçu de comprendre que la Maison des femmes n’aide que les femmes. Sa réponse, généreuse, a été qu’il fallait le faire « avec confiance », mais on comprend son désarroi quand on sait la difficulté récurrente à trouver de l’argent dans des conditions correctes. Rappelons que, par exemple, les MUCODEC, qui distribuent des microcrédits, n’acceptent que les clients qui ont un compte d’épargne et peuvent donner une caution importante.  Quant aux « officines » comme on les appelle à Brazzaville, elles sont nombreuses mais leur réputation n’est pas bonne, et on n’y recourt qu’avec parcimonie. Reste les ristournes (tontines) mais cela ne résout pas tous les problèmes de financement.

Plus tard, c’est Edith, responsable d’une association qui veut se spécialiser dans l’agriculture et l’élevage, qui passe pour discuter et voir de quelle manière un partenariat serait possible. Pour le moment, rien n’est vraiment envisagé, mais il n’empêche qu’une longue discussion s’est établie entre Edith et l’équipe.

Plus tard, c’est Yvonne, qui vient, entraînée par deux des femmes qui attendent le démarrage de la prochaine formation (12 femmes sont inscrites). Dès le départ, toutes trois racontent les moments difficiles qu’elles viennent de vivre car elles habitent un quartier surveillé par les militaires, et dans lequel chaque incident prend des allures de guerre civile. Elles racontent qu’elles ont un mal fou à travailler. Yvonne apparaît assez déprimée par tous ces événements, et c’est sans doute la raison pour laquelle ses amies lui ont proposé de participer à la formation. L’équipe va s’occuper de son dossier et voir si l’intégrer est possible. Plus tard, ce sera le cas de Francine, qui vit seule avec ses quatre enfants et qui voudrait aussi intégrer la formation.

Mais il y a aussi les visites de courtoisie qui font tellement plaisir à l’équipe. Louise a fait partie du 2ème groupe de formées. Elle sait que FAFA voudrait interviewer les femmes qui ont eu une première formation pour faire le point après quelques mois. Elle passe à la Maison pour inviter Françoise à la rencontrer sur son stand au marché pour discuter.  Ce qui se fera la semaine prochaine.

femmes_attente_juin2016.jpg

Ici, à gauche sur la photo, trois des jeunes femmes qui attendent de démarrer la formation en juillet.

 

 

Ces quelques éléments permettent de comprendre que la Maison des femmes est devenue un petit centre de rencontres, de discussion et d’aide (ce qui nous fait très plaisir), mais aussi que la demande de formation mais aussi d’information est très importante tant la précarité des femmes vendeuses (mais aussi des hommes) est grande.

Problèmes sociaux et politiques, problèmes privés, problèmes économiques, tout se mélange et se renforce dans une telle précarité. Dans un précédent article, nous rapportions les propos de « mamans » expliquant que leur formation leur permettait de « mieux résister » pendant les troubles du printemps (voir article du 2 juin).

En effet, être formée à son métier, cela permet de mesurer ses incompétences, mais aussi ses compétences, et de faire le tri entre les problèmes qui viennent d’une mauvaise gestion (dont on est responsable mais qu’on peut améliorer) ou d’une situation politique détestable.  Et si le désespoir prend les femmes quand elles voient l’instabilité politique s’éterniser, les plus solides d’entre elles sont celles qui ont suffisamment confiance en elles pour se penser capables de s’en sortir quand les choses se seront apaisées. Cette sortie du fatalisme est fondamentale au développement de ces femmes.

Le bilan est qu’il faut nous battre pour continuer à faire exister la petite Maison de Bacongo, et trouver les fonds nécessaires qui nous permettront de pérenniser son activité et son indépendance.

 

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