Début 2017 : un bilan et des projets

collaboration

En février 2017, la 4ème session de formation organisée par la Maison des femmes de Bacongo se termine. 26 femmes auront été formées en 2016. En dépit des conditions politiques et économiques désastreuses dans lesquelles se débat le Congo Brazzaville depuis quelques mois, en dépit des hommes armés qui circulent sans qu’on sache toujours de quel côté ils sont, malgré la peur des « bébés noirs* », le manque d’électricité, la pluie, les pénuries, les femmes de la communauté se battent et se soutiennent. Espérons que l’année 2017 ouvrira une nouvelle ère, ou au moins une stabilisation effective de la situation.
* Terme qui fait référence à des gangs d’enfants/adolescents qui vivent dans les rues, vivent de vols et commentent des violences de toutes sortes. Malgré leur jeunesse, ils sont souvent armés de machettes et peuvent se montrer très agressifs. 

 

Du côté de la formation, nous avons noté beaucoup d’amélioration : les apprentissages se font plus vites pour toutes les femmes, les cas ont été rodés par l’équipe de Brazzaville.

femme_perplexeCôté « objectifs de formation » : la compréhension d’une bonne gestion du stock – acquis primordial pour stabiliser une activité – se fait plus facilement car d’une part l’équipe possède bien le sujet, mais aussi parce quelques-unes des précédentes bénéficiaires participent aux formations pour expliquer combien la formation les a aidées, et notamment sur ce problème de gestion de stock. Ces interventions, outre leur convivialité, facilite le développement de la confiance des femmes en formation en notre travail, et donc leur motivation. Le résultat est là : 90% des femmes ont intégré cet objectif. La compréhension de ce que sont les charges et la nécessité de les calculer ont été facilement acquises, tout comme le principe du calcul du bénéfice, en tout cas quand il est proposé au sein des cas. Ce dernier acquis est solide pour 61% des femmes.

En revanche, la plupart des femmes ont des difficultés pour utiliser ce calcul pour leur propre activité pour la raison – simple – qu’elles ne possèdent que rarement les informations nécessaires, à savoir le montant des ventes et des dépenses au jour le jour. A cela peuvent s’ajouter de sérieux problèmes avec les chiffres (écriture et calcul).

Autre point crucial : la réflexion sur la séparation budget familial / budget activité. Elle est encore trop peu développée, mais nous pensons que le tablier « porte-monnaie », un des outils que nous sommes en train de développer avec elles et pour lesquels l’Agence des Microprojets nous finance, va aider les « mamans » à y voir plus clair dans leurs flux de trésorerie.

Il apparaît clairement que rien ne se ferait sans le suivi personnalisé de chaque femme, et notamment de celles qui ont des problèmes.  L’équipe essaie de l’assurer au moins deux fois par mois, mais c’est souvent difficile car il s’agit d’aller voir les « mamans » sur leur lieu de travail, sur le marché ou dans la rue, ce qui prend du temps, au vu de l’état catastrophique des transports et aussi des conditions politiques du pays. En 2017, nous espérons pouvoir développer ce soutien, notamment en renforçant notre équipe.

 

Du côté du marché : toujours des difficultés, mais des débats et une communauté qui grandit et se solidifie

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2016 a vu le renouveau d’une partie du marché de Bacongo, avec notamment la construction d’un marché couvert à plusieurs étages, sans ascenseur / monte-charge / escalier roulant.  La distribution des places a généré des problèmes car être en étage signifie plus d’effort pour les vendeuses (installer en étage est plus lourd qu’en RDC), mais aussi pour les acheteurs/ses car il faut monter et descendre les escaliers, alors qu’on est souvent chargé(e) au marché. L’équipe de FAFA est intervenue à deux reprises pour aider des femmes à régler un problème, et elle est maintenant un acteur connu sur le marché de Bacongo.

Ce que tout le monde appelle la « crise économique » revêt à la fois des problèmes d’intense concurrence, de pénurie, d’organisation, de fluctuation des prix, et est pour une grande part le résultat d’une politique erratique. La « crise au Pool » (crise politique car les opposants au Président en place y seraient cachés) a entraîné un déplacement massif de population. Beaucoup de gens sont arrivés à Brazzaville, généralement sans activité et sans ressource. Les gens s’organisant tant bien que mal, se lançant dans de multiples petites activités, notamment de transformation comme les gâteaux ou les yaourts, et cela participe à la déstabilisation du marché. La crise du Pool » a aussi entraîné l’interdiction d’acheter des produits venant du Pool comme le charbon par exemple qui venait prioritairement de là. Voilà qui a fait flamber les prix de certaines marchandises, et organiser leur pénurie.
A ces problèmes conjoncturels, s’ajoutent les problèmes de transport liés à des bus trop chers, trop peu nombreux, mal adaptés ou trop vieux, un réseau de rues et de routes en piteux état, dans un pays où la chaleur très forte ou les pluies diluviennes multiplient les difficultés.  Il faudrait ajouter les problèmes énormes de conservation qui se posent aux femmes qui distribuent les produits frais. Enfin les vendeuses signalent maintenant une nouvelle difficulté, à savoir trouver des emballages solides et pas trop chers depuis que le gouvernement a interdit l’usage de sacs en plastique. Toutes ses informations donnent une petite idée de l’effervescence qui règne à la Maison des femmes de Bacongo, mais nous pourrions faire beaucoup plus.

Une communauté qui grandit et se solidifie

Une cinquième série de formation démarre en février 2017, cette fois avec 15 femmes. D’anciennes bénéficiaires seront invitées à venir aux premières sessions, pour expliquer ce qu’elles ont appris, ce qu’elles ont compris de leurs difficultés en suivant la formation à la Maison des femmes, ce qui a changé dans leur vie, mais aussi ce qui a été difficile pour elles. On parlera des problèmes qu’elles rencontrent au jour le jour. Ces rencontres sont entre nouvelles et anciennes sont toujours un succès : elles permettent aux « anciennes » de mesurer leurs acquis, la transformation qui s’est opérée dans leur mode de réflexion, et pour la plupart d’entre elles, dans leur vie économique ; elles permettent aux nouvelles de se sentir rapidement immerger dans un groupe, une communauté, de voir leur sentiment de solitude se dissoudre petit à petit, de comprendre que les échecs et les difficultés auxquels elles se sont confrontées sont le lot de toutes. Et c’est un bon départ pour commencer une formation.

Bientôt des informations sur les nouvelles bénéficiaires, et la suite des projets 2017. Bonne année à toutes et tous.

 

 

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