12 femmes veulent changer de vie – saison 6

Une nouvelle série de formation a commencé lundi 13 novembre 2017, la sixième en 4 ans. Elle va s’étaler de novembre 2017 à mai 2018 pour 12 femmes bénéficiaires, 12 femmes qui attendent de cette formation de changer de vie –  au moins un peu -, de se sentir plus solides, d’avoir plus confiance en leurs capacités et d’avoir les moyens de progresser et de comprendre pourquoi l’activité qu’elles mènent – qu’elles ne voient pas encore comme de l’entrepreunariat – est parfois si difficile.

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Le dispositif est le même : 24 sessions de formation chaque lundi après-midi (le jour le moins chargé du marché, un suivi personnalisé pour chaque bénéficiaire, et une aide financière sous forme de microcrédit de 75 € remboursable sur 6 mois.

Se battre pour une vie difficile

Comme l’explique très bien Esther Duflo dans l’article du Monde du 11 janvier 2010,  nombre de femmes qui bénéficient de microcrédits pour développer leur activité de vendeuses/entrepreneuses sur les marchés, n’ont pas vraiment choisi d’être à leur compte. Mais elles n’ont simplement pas d’autre solution pour vivre comme dans beaucoup de pays en développement.

Au Congo Brazzaville, la population est d’environ 5 millions d’habitants. L’éducation n’y est pas des meilleures même si le taux d’alphabétisation (80%) est élevé.
L’étude réalisée par les laboratoires DIAL/IRD montre bien que si l’éducation est relativement répandue dans les villes, puisque le niveau moyen tourne autour de 10 années d’études,[…], le marché du travail est marqué par des traits communs à toutes les villes africaines : une hypertrophie du secteur informel (plus de six actifs sur dix y exercent) qui […] reflète un chômage élevé (surtout chez les jeunes) et croissant avec le niveau d’étude. Elle explique aussi que le poids du secteur public, qui emploie presqu’un actif sur trois dans la capitale (Brazzaville) et un peu plus d’un sur cinq dans l’ensemble du territoroire.

Au Congo Brazzaville, le secteur de l’industrie est très peu développé, tout comme celui des services. La santé, l’éducation sont à la traine. On ne reviendra pas ici sur les raisons d’une situation économique catastrophique au coeur d’un pays doté de ressources innombrables. On peut consulter pour cela les documents de la Banque mondiale.

L’expérience nous montre que, sur un panel de 12 femmes, un bon tiers est à l’aise dans le métier du commerce, même si jusqu’à présent elles n’ont pas vraiment réussi à stabiliser leur activité et se sont présentées à la Maison des femmes pour y remédier. Nous avons ainsi plusieurs exemples de réussite, certains dont nous avons parlé comme celui de Louise.  Nous reviendrons sur quelques portraits de femmes dans les premières semaines.

Mais pour les autres, celles qui n’ont pas l’esprit d’entreprise et du commerce, aller travailler tous les jours sur le marché, accepter les difficultés d’une vie basée sur une concurrence agressive, subir les aléas de l’approvisionnement, ou du climat, ou des agents de la Mairie, est épuisant. Et souvent, elles racontent combien elles sont épuisées. Mais elles n’ont pas le choix.

A nous de les aider au mieux en travaillant à apaiser leur manque de confiance en elles, leur crainte de l’incertitude, inhérente à l’entrepreneuriat, et à faire émerger une fierté d’être des actrices de leur vie professionnelle, à comprendre la valeur de leur expérience et à développer chez elles le désir de l’indépendance économique. Cela revient finalement à les aider à transformer le regard qu’elles portent sur elles-mêmes, à se voir comme des « femmes debout » qui choisissent de faire au mieux avec ce qu’elles ont reçu, pour  améliorer leurs compétences, pour se sentir partie prenante de la société dans laquelle elles vivent à la fois à travers leurs activité – n’oublions que les marchés de Brazzaville nourrissent toute la ville-, mais aussi à travers les nombreux échanges qu’elles développent avec d’autres femmes, au sein de la Maison des femmes.

 

collaboration

Pour reprendre confiance, nous leur proposons d’échanger autour de leurs expériences, bonnes et mauvaises. Nous travaillons à base de cas tirés du réel, nous faisons intervenir d’anciennes bénéficiaires qui racontent ce qu’elles ont appris, et ce qui a changé dans leur vie.
Pour les soutenir, l’équipe passe sur le marché au moins deux fois par mois pour prendre des nouvelles, voir comment les chosent se passent. Une simple discussion informelle permet de comprendre les problèmes et d’y remédier rapidement.
Lors des formations, la pédagogie est adaptée, deux formatrices sont toujours présentes, les femmes travaillent en groupe ou à deux, une des formatrices traduit dans les langues locales, les femmes vont très souvent au tableau pour résoudre les cas et les discussions sont encouragées.

Pour une grande majorité de femmes, « le plus difficile au départ », c’est de « parler de son activité »*. Mais l’habitude vient vite car les bénéficiaires comprennent rapidement qu’à la Maison des femmes, personne n’est là pour juger ou critiquer. Il s’agit avant tout d’échanger autour de difficultés, d’idées, et aussi réfléchir à sa pratique et au regard qu’on porte sur son activité.


  • Evaluation de mai 2017

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