FAFA, une communauté en tablier ?

Depuis quelques mois, les bénéficiaires de nos formations à la Maison des femmes sont invitées à porter un tablier FAFA, un tablier doté de beaucoup de poches. En fait quatre poches.


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Créer des outils adaptés aux conditions de travail

Quand on est vendeuse sur le marché de Total à Bacongo, comme sur tout autre marché à Brazzaville, on ne dispose pas de balance ni de caisse enregistreuse. Souvent, on est installé de manière très précaire et il est bien difficile, voir impossible, de noter scrupuleusement les recettes de la journée, notamment quand le flux des clientes et des clients est important.

D’un autre côté, on ne peut pas développer une microentreprise si on ne se dote pas d’outils qui permettent de suivre les flux de trésorerie, à savoir les dépenses faites au jour le jour pour sa famille et on activité, et bien sûr ses recettes.

Pour aider les bénéficiaires de nos formations à suivre le plus précisément possible leurs recettes et leurs dépenses, ces  informations  indispensables pour calculer son bénéfice,  nous leur proposons deux outils simples, un tablier doté de quatre poches, et un carnet dit « carnet de suivi » pour noter les précieuses informations.

Ces outils ont été développés dans le cadre du projet « Des outils pour professionnaliser les vendeuses de Bacongo », projet soutenu par l’Agence des Micro Projets.

A quoi servent les quatre poches du tablier ?

  • La plus grande, la poche « recette » est située au milieu du tablier, sur le ventre, pour être facilement accessible. C’est dans cette poche qu’il ait prévu de déposer au fur et à mesure de la journée l’argent  des ventes.
  • De chaque côté, deux poches plus petites. L’une reçoit chaque matin l’argent destiné aux dépenses attachées à l’activité commerciale, l’autre est une poche libre pour glisser son téléphone, ses clés, son carnet de suivi, etc.
  • Enfin la poche située sur le haut du tablier, dite « proche du coeur » car, dans celle-ci, la « maman » vendeuse dépose quotidiennement l’argent qu’elle pense nécessaire à la vie quotidienne de la famille.

Quand une vendeuse arrive sur le marché le matin, sa poche « recette » est vide, à part un peu de monnaie.

Toute la journée, la vendeuse empoche les ventes dans cette « poche recette ». Elle fait attention à ne pas prendre de l’argent dans cette poche pour les dépenses, qu’elles soient familiales ou pour l’activité, afin de ne pas modifier le montant de la recette .

Juliette compte sa recette

Dessin Mireille Mandelbrot – reproduction interdite

Le soir, en rentrant, elle vide cette poche, compte l’argent de la recette, note ce montant sur le « carnet de suivi ».

Ensuite elle prélève, si nécessaire, sur cette recette une part destinée à la famille ou aux dépenses qu’elle fera le lendemain pour son activité.  Elle glisse ses deux montants dans les pages respectives.  Elle range ensuite le restant dans un endroit sûr. Aucune des femmes bénéficiaires du dispositif n’a de compte en banque.

De la création à l’implémentation, un processus lent et itératif

Quand nous avions réfléchi à un « porte-monnaie » comme à un outil technique – à savoir un outil qui  a pour objectif d’aider les vendeuses à modifier leurs habitudes avec les flux d’argent qu’elles gèrent, et ce afin d’obtenir des informations économiques les plus précises possibles -, nous avions à l’esprit le petit tablier court qu’ont souvent les serveurs et serveuses dans les brasseries, tablier doté de toutes les poches nécessaires à la fluidité de la tâche : poche pour la monnaie, poche pour le carnet de commande, poche pour le tire-bouchon, etc.

C’est cet outil que nous avons proposé, mais très vite, nous est revenu un autre modèle de « tablier/porte-monnaie » doté d’un haut avec une poche, dessiné à la demande des vendeuses. C’est ce « tablier/porte-monnaie » qui a été fabriqué et distribué. Le tissu a été choisi par l’équipe et les femmes.

Aujourd’hui, la plupart des femmes le portent quotidiennement. Elles sont plusieurs à nous avoir demandé d’ajouter le logo. Certaines parmi celles qui ne le portent pas expliquent qu’elles en possèdent un qui a les mêmes fonctions, quelques-unes ne veulent tout simplement pas essayer.  Il nous faut maintenant comprendre pourquoi.

L’équipe de Brazzaville ira en début d’année 2019 sur le terrain observer quels usages se sont mis en place et comment ils divergent – ou pas –  de ce qui était prévu.
A suivre donc.

 

 

 

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