Rencontre à la Maison des femmes : vers l’économie formelle ?


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20 décembre 2018 à la Maison des femmes – Une femme présente son activité

Le 22 décembre 2018, à l’initiative de Chérubin Gamboh, une rencontre avait lieu autour d’une question complexe pour les vendeuses des marchés : le passage de l’économie informelle à l’économie formelle, rencontre qui a été animée par Gaston Nkouika, économiste spécialiste du développement qui est déjà intervenu plusieurs fois à la Maison des femmes. Les femmes en cours de formation étaient bien entendu invitées à cette rencontre, tout autant que les femmes des précédentes formations.

Les femmes qui sont bénéficiaires de nos formations opèrent toutes dans l’économie informelle, un mode de fonctionnement qui est très largement majoritaire dans presque tous les domaines au Congo Brazzaville (industrie dont BTP, commerce, service). L’économie informelle représente environ 80% de l’activité économique du Congo Brazzaville. C’est dire qu’elle lui est essentielle.

Ce qu’on appelle UPI (ou Unité de Production Informelles) sont en fait très nombreuses, ce sont en grande majorité des micro-entreprises, dont beaucoup d’auto-emploi. Si le gouvernement congolais cherche à faire diminuer le nombre d’UPI, il semble que le but à atteindre soit difficile(1) et que le courant ne passe pas vraiment entre des acteurs qui se doivent d’être très mobiles et une administration qu’on qualifiera sans exagération de lourde et procédurière.

Pour autant, les raisons pour lesquelles les acteurs et actrices de cette économie informelle ne se précipitent pas vraiment vers la formalisation sont nombreuses.
La première est simple. Si nous prenons pour exemple les femmes bénéficiaires de nos formations, la grande majorité d’entre elles ignorent tout du secteur formel, de ses avantages et de ses inconvénients. Enfin, et ce n’est pas la moindre des choses, entrer dans l’économie formelle oblige à montre un dossier et produire des éléments de comptabilité simple, ce qui n’est pas  facile à mettre en place quand on n’est pas en mesure de calculer précisément son bénéfice faute de pouvoir/savoir suivre précisément ses recettes. Nous y reviendrons car nous sommes au coeur de la problématique de la Maison des femmes.

Il faut aussi noter que très peu de femmes (parmi nos bénéficiaires) ont un compte bancaire et ce pour une double raison. D’une part, avoir un compte a un coût (agios de gestion de compte) ; d’autre part, la confiance dans les banques s’est perdue dans les faillites et/ou disparitions frauduleuses de certaines d’entre elles pendant la guerre civile.  Elle se reconstitue lentement, mais difficilement car le pays reste dans une situation politique très incertaine. Enfin, entrer dans l’économie formelle veut dire payer des impôts et donc collaborer avec l’Etat, ce que nombre de congolais et congolaises ne sont tout simplement pas prêt(e)s à faire avec un Etat dont elles n’attendent rien de bon.

Au coeur de la Maison des femmes de Bacongo, nous formons des femmes à la gestion de stock et au suivi d’activité, ce qui revient à leur apprendre à calculer leur bénéfice en tenant un suivi  régulier de leurs dépenses (achats/charges) et de leurs recettes. Si le principe de cet apprentissage est relativement simple à comprendre, il est en revanche beaucoup plus difficile à mettre en oeuvre car il oblige à travailler sur des données précises.
Les vendeuses, si elles peuvent faire le suivi des dépenses de l’activité relativement facilement (il leur suffit de noter dans un carnet les dépenses au jour le jour), ont beaucoup plus de difficultés à suivre leur recette. D’une part, sur les marchés, les femmes n’ont pas de caisse enregistreuse qui leur permettrait d’avoir au minimum une liste de leurs ventes ; d’autre part, la difficile séparation du budget de la micro-entreprise et du budget familial rend la lecture des flux de trésorerie de la caisse de l’activité incertaine car les femmes achètent souvent pour leur famille en prenant directement l’argent dans la poche des recettes.

Le but de la formation que avant tout nous leur proposons est d’attirer l’attention des femmes sur la nécessité d’avoir des données financières de base les plus précises possibles, non seulement car c’est une demande de l’économie formelle vers laquelle elles doivent tendre, mais avant tout pour qu’elles soient à même de savoir précisément ce qu’elles gagnent avec leur activité de commerçante.

 

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  1. source

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