Suite du dialogue autour de l’économie formelle

Versleconomieinformelle_gastonetequipeGaston Nkouika (en blanc), Chérubin Gamboh (jaune) à la Maison des femmes

Vers l'économie formelle - les femmes semblent sceptiques !

Vers l’économie formelle – des femmes intéressées mais encore sceptiques

 

Dans leur compte-rendu, Gaston Nkouika et Chérubin Gamboh ont noté que « toutes les mamans étaient déjà des entrepreneuses, mais souvent dans l’ignorance [de ce fait] ».

En effet, ce sont bien des « entrepreneuses », enfin des micro-entrepreneuses, qui, en effet, ne se considèrent pas et/ou ne sont pas toujours considérées comme des femmes qui entreprennent. C’est bien pourquoi, un objectif essentiel de la formation que propose la Maison des femmes est de les professionnaliser, afin qu’elles aient les moyens / ressources de se voir comme des professionnelles.
Rappelons qu’elles suivent la formation une fois par semaine pendant six mois, une formation qui met l’accent sur la bonne gestion du stock, le suivi scrupuleux des dépenses et des recettes afin de calculer son bénéfice précisément. Il s’agit aussi, pendant ce temps de formation, d’échanger des expériences (manière de faire, problèmes rencontrés…) avec d’autres vendeuses et de comprendre ce qu’est le « métier » de la vente sur le marché.

G. Nkouika et C. Gamboh ont insisté auprès des mamans sur la nécessité de séparer le budget familial de celui de l’activité.

Nous sommes totalement d’accord et nous travaillons le sujet pendant au minimum deux séances à travers un long QUIZ. Les questions portent sur toutes sortes de situations, et quelques-unes comme « dois-je compter mon repas sur le marché dans le budget d’activité ou familial ? » mènent à de très nombreuses discussions.

Mais il sera difficile à une femme d’intégrer cette nécessité si – pour revenir à un point précédent – elle ne considère pas son activité de commerçante comme un « vrai » travail, parce qu’il n’est pas très solide, parce qu’elle ne sait pas vraiment combien il lui rapporte, etc. Pour que la répartition budget famille/budget activité soit facile à concevoir, il faut que nos bénéficiaires – les « mamans » – aient bien la conscience de leur deux « têtes » (chef de famille/chef de micro-entreprise), et soient alors attentives à la séparation des budgets. D’où l’importance du travail sur leur image de « professionnelle ».

G. Nkouika et C. Gamboh ont ensuite évoqué le besoin d’argent qu’ont les femmes pour investir dans de nouveaux projets.

Là encore nous sommes d’accord. Mais ayant les retours des apprentissages de semaine en semaine, nous sommes à même de dire que la notion même de « développement », avec ce qu’elle implique de planification et de projection, n’est pas vraiment acquise pour la plupart des bénéficiaires de nos formations. C’est une question à laquelle nous travaillons, qui demande des compétences qu’il nous faut mettre en place à la Maison des femmes.

Par la suite, G. Nkouika et C. Gamboh ont insisté sur le fait « qu’il ne faut pas prendre le crédit pour prendre un crédit, mais seulement lorsque il est réellement nécessaire à l’activité. » Donc quand on a un projet de développement ou un besoind ‘investissement clairement repéré.

Cela nous ramène aux raisons de notre réorientation en 2014. Pendant 4 ans, nous avons distribué des microcrédits (allant jusqu’à 350 €) à des dizaines de femmes. Rapidement nous nous sommes heurtés à de nombreux problèmes de remboursement – chose qui n’arrive plus.  Ces problèmes étaient liés dans la plupart des cas à une mauvaise gestion.
Lorsque nous avons arrêté cette offre, nous avons décidé d’effacer les impayés (le coût de leur récupération pouvant être très élevé tant sur le plan économique que sur le plan humain) et décidé d’envoyer l’équipe (à l’époque Françoise Batantou, directrice et Chérubin Gamboh) rencontrer le plus grand nombre de femmes ayant été nos clientes et ayant eu des problèmes de remboursement afin qu’ils les interviewent et nous permettent de comprendre les raisons des impayés.
C’est à partir de ces retours que nous avons élaboré le projet de la Maison des femmes.

 

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Dans une grande majorité, les bénéficiaires de nos formations ne sont pas encore prêtes pour l’économie formelle : la construction des dossiers, les nombreuses tracasseries que cela entraîne sur le plan administratif, et enfin la tenue des comptes restent des compétences à acquérir solidement. Sans compter que cela veut peut-être dire payer des impôts sur des revenus souvent très faibles.

C’est pourquoi, quand Gaston Nkouika explique à nos bénéficiaires qu’il est « rassurant » de tenir une comptabilité basique, nous ne pouvons qu’être d’accord… à la condition de posséder les compétences et les informations nécessaires. C’est bien le problème que nous travaillons tout au long des sessions.  Et pour nos bénéficiaires, il n’est pas vraiment réglé.
Et nous ajouterions que, malheureusement, le fait d’appartenir à l’économie formelle ne sécurise en rien une activité dans un pays toujours bouleversé par des politiques économiques et sociales erratiques et incertaines.

 

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