Vendre sur le marché de Bacongo au temps du coronavirus

Quel impact du coronavirus sur les activités des femmes de la Maison des Femmes ?

Le Congo-Brazzaville n’est pas épargné par la pandémie de covid-19. Si le nombre de cas officiels reste très faible par rapport aux chiffres européens (143 cas confirmés), la faiblesse du système de santé et la crainte de voir la maladie se propager sur le territoire ont amené le gouvernement congolais à prendre des mesures drastiques.

Ainsi, le confinement de la population et le couvre-feu ont été décrété le 31 mars. Les écoles ont été fermées, laissant les enfants à la maison. Les transports en commun ont été quasiment supprimés, tandis que seuls ceux qui travaillent dans des entreprises ou des institutions peuvent obtenir un laisser-passer dans la ville, laissant démunies les nombreuses personnes travaillant dans le secteur informel.

Mi-avril, quinze jours après le début du confinement, au niveau du marché de Bacongo, certaines activités subsistent encore. Les femmes sont derrière leurs étalages, et il y a encore quelques clients, mais l’atmosphère est très calme. Quelques vendeuses portent un masque, souvent de fabrication artisanale. De nombreuses femmes n’en portent pas.

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Calme plat sur le marché de Bacongo

Le marché de Bacongo est ouvert trois fois par semaine : le lundi, le mercredi, et le vendredi jusqu’à 14h. Mais les conditions sont devenues très dures pour les « mamans » qui vivent de la vente sur le marché. Le nombre de clients a diminué, entraînant une perte de revenus même si la demande pour les produits alimentaires et les légumes s’est un peu maintenue. La fermeture partielle du marché réduit encore un peu plus le chiffre d’affaires. En dehors des heures du marché, chacun reste chez soi, confinement et couvre-feu obligent.

Les vendeuses qui souffrent le plus sont celles qui vendaient des articles « non essentiels » (fripes, chaussures, etc). On ne les voit plus sur le marché. Comment font-elles pour vivre? Certaines se reconvertissent vers d’autres produits.

Restent les vendeuses de légumes et de marchandises périssables dont la consommation ne cesse pas. Mais même pour celles-ci, les mesures gouvernementales rendent leurs activités très compliquées. Il est devenu extrêmement fatigant et difficile de s’approvisionner et de transporter la marchandise, faute de transport en commun, et en raison de l’interdiction de se déplacer sans laisser-passer.

Les femmes  vendeuses de légumes, comme Alina qui vend des poivrons et des choux,  sont obligées de se lever aux aurores, d’attendre 5h, l’heure qui marque la fin du couvre-feu, pour se mettre en route vers le marché de Bacongo. Certaines nous racontent devoir marcher plus de 20 kilomètres pour aller s’approvisionner… Le temps d’arriver sur le marché, de trouver les fournisseurs, d’acheter la marchandise, et, pour beaucoup, il est rapidement l’heure de la fermeture du marché. Les femmes stockent donc les produits dans l’entrepôt du marché. Elles reviennent ensuite les chercher pour les vendre le surlendemain. Ce qui les oblige à sélectionner des marchandises qui ne périment pas trop vite.

Pas facile dans ces conditions d’assurer à sa famille des revenus suffisants.

Et qu’en sera-t-il si le gouvernement décide de réduire encore le temps d’ouverture des marchés ? Le marché de Bacongo est particulièrement calme en ce moment, mais l’incertitude y règne lourdement.

Plus généralement, la situation de Brazzaville illustre la difficulté de confiner une population dans des contextes où les gens vivent au jour le jour, ce qui est le cas de nombreux pays d’Afrique sub-saharienne.

Peut-on vraiment choisir de limiter la propagation de la maladie au risque de voir une population sombrer dans la pauvreté, voir mourir de faim dans les cas les plus difficiles ? Sans compter que cela engendre de sérieux troubles : pillages des magasins pendant le couvre-feu, insécurité, répression violente des populations, les conséquences vont bien au delà des aspects sanitaires et économiques.

Si une majorité de pays ont réagi rapidement en fermant leurs frontières et en diffusant les gestes barrière auprès des populations, plusieurs ont refusé le confinement, le jugeant inadapté, tels l’Éthiopie, le Burundi ou la Tanzanie, ou bien encore le Bénin qui lui a préféré mettre en place un cordon sanitaire et imposer le port du masque dans une partie du pays (voir cet article du Monde). 

Espérons en tout cas qu’à Brazzaville, comme ailleurs, la situation économique ne s’aggrave pas, et que le continent échappe à la pandémie.

 

 

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