Février 2018 – La microfinance a-t-elle des effets négatifs sur les plus pauvres ?

Un article très intéressant vient de paraître dans la Harvard Business Review : « Microfinance can have negative effects on the desperately poor » (La microfinance peut avoir des effets négatifs sur les désespérément pauvres).

Cet article explique très clairement que le microcrédit, distribué seul, ne fonctionne pas pour les personnes très pauvres*.

4femmes_2enlumière.jpgC’est ce que nous avions constaté après avoir distribué des microcrédits pendant 3 ans à Brazzaville : plus de 30% des bénéficiaires avaient des difficultés pour rembourser régulièrement leur échéance. C’est à partir de ce constat et de l’analyse des problèmes qu’il posait que nous avons élaboré le dispositif de la Maison des Femmes de Bacongo.

Notre recette est simple : un microcrédit accompagné d’une formation sur 6 mois, du coaching personnalisé, et une communauté conviviale et vivante en support. Et cela marche.

Même si la microfinance n’est pas la panacée, il nous semble important de réfléchir en termes équilibrés : la microfinance (comme la finance) n’est rien d’autre qu’un outil, son bon usage et de bonnes pratiques restent les garants de son utilité.

Du côté des IMF, des dérives

Nombre d’institutions de microfinance (IMF) proposent des prêts personnels, parfois conséquents, pour doter un enfant ou enterrer ses morts, avec des conditions drastiques de remboursement. Comme les personnes pauvres n’ont pas, de fait, suffisamment de revenus pour rembourser ces prêts, un système pervers se met en place, lequel permet à l’emprunteur de prendre un nouveau microcrédit pour effacer la dette, poussant les personnes à toujours plus d’endettement. Cet endettement devient vite un poids social tout autant qu’économique qui, comme l’explique très bien l’article, augmente la vulnérabilité des emprunteurs.

Quand les IMF proposent des prêts pour le développement d’une activité, ce qui est à l’origine le but du microcrédit promu par M. Yunus, il n’est pas rare que les taux d’intérêts soient absolument exorbitants. Outre des pratiques peu éthiques, il faut comprendre que le modèle économique du microcrédit est fragile.

Pour exemple : un microcrédit de 75 € remboursable sur 6 mois au taux annuel de 20% rapporte 3.08 €. Autant dire que les intérêts qu’il rapporte sont loin de couvrir les frais de traitement d’un dossier, même simple. Voilà qui pousse des IMF peu scrupuleuses à augmenter les intérêts jusqu’à des sommes insupportables pour l’emprunteur.

Aucune régulation n’a été mise en place

Alors que le système bancaire a développé des régulations strictes, on peut s’étonner qu’aucune régulation n’ait été encore mise en place dans ce secteur (marché) du prêt aux très pauvres, après plus de 40 ans d’existence.  Curieusement, ce sont les plus pauvres qui souvent paient les intérêts de loin les plus élevés.

Dénoncer ces pratiques usurières tout autant que les modes de pression, voire d’intimidation qui peuvent être utilisés en cas de difficultés de remboursement est donc indispensable.

 Du côté des femmes, d’énormes besoins de formation

L’expérience de nos premières années (distribution exclusive de microcrédits en vue de développer une activité de vente) nous a montré que les femmes pouvaient avoir beaucoup de mal à rembourser leurs échéances, et ce pour de nombreuses raisons.

On reviendra ici sur la plus criante, à savoir que, dans la grande majorité des cas, les bénéficiaires de nos microcrédits faisaient des “coups” : elles empruntaient pour acheter un lot de marchandises qu’elles revendaient rapidement, ce qui leur apportait de la trésorerie. Malheureusement elles ne réinvestissaient pas, pour maintenir leur activité, une part suffisante de l’argent par manque de compétences en gestion commerciale.

La question du réinvestissement dans le stock est pour elles primordiale. Pour nos bénéficiaires, vendeuses sur le marché, la question (toujours renouvelée) doit être : Quelle quantité de marchandises dois-je racheter ? Quand dois-je le faire ?

Pour y répondre efficacement, il faut avoir une vision claire de l’activité, chose difficile qui nécessite de nombreuses compétences. Pour les acquérir, il faut se professionnaliser et comprendre la complexité de l’activité de vente. C’est ce que nous leur proposons à la Maison des femmes.

Nous sommes  donc tout à fait d’accord : la microfinance, mal utilisée, peut appauvrir. Il ne sert à rien de distribuer des microcrédits pour le développement d’une activité à des femmes démunies économiquement, et souvent socialement, sans s’assurer qu’elles auront accès à des ressources de toutes sortes (formation, coaching, échanges d’expérience, rencontres), dans un dispositif solide qui leur permettra d’avancer vers l’indépendance économique.

Un microcrédit, ce n’est rien d’autre que de l’argent. Seul il ne sert à rien.  Mais au  sein d’un solide dispositif  de formation et de suivi, le microcrédit est un des outils qui permettent à des familles de vivre mieux. A la condition sine qua non d’être proposé et utilisé dans des conditions optimales.

*Pour mémo, le principe de la microfinance a été créé par Muhammad Yunus.

 

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